
Inventaire





« Eh ! Steuplaît ! T’as pas une clope ? ». « Eh, t’as une clope pour moi ? ». Je l’ai tellement entendu en 24 ans de psychiatrie. Un refrain indémodable. Parfois, d’ailleurs, ce n’est même pas une question, nonobstant le point d’interrogation. C’est une injonction.
En psychiatrie, lors d’une hospitalisation, la cigarette que je fume sert à patienter, à tuer le temps (et le patient en a à revendre, en psychiatrie). Mais la cigarette qui m’est demandée/proposée/échangée/troquée/vendue permet de créer un lien, entamer un échange demandeur/donneur. Donnant-donnant.
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Depuis le réfectoire, situé au rez-de-chaussée de l’aile Est, et le « couloir des soins », quatre escaliers d’une vingtaine de marches chacun desservent les deux étages supérieurs abritant la plupart des chambres.
Aux premier et deuxième étages, chaque chambre ouvre sur le même couloir transversal. S’y jouent différentes mélodies, aux heures du jour ou de la nuit, cadencées par des pas lourds ou traînés, selon les patients. Rythmées surtout par les cliquetis, à intervalles réguliers, des clés dans les serrures.
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Outre le fumoir, un espace extérieur, dit « cour extérieure » permet de prendre l’air. Ici, c’est une espèce de bassin olympique de cinq couloirs de nage qu’on aurait bitumé.
La cour extérieure, c’est un peu comme celle des Miracles, des vies par parenthèses, des existences cabossées, des parcours chaotiques, des trajectoires tout sauf rectilignes. On y croise des rêves, on y croise des gens, certains ont l’air d’être morts, d’autres, plus tout à fait vivants.
Continuer à lire … « La cour des mirages »
« Les S*** ». C’est le nom de la clinique dans laquelle j’ai été admis ce vendredi soir. Une unité de soins d’un EPSM. Chambre 6, avec une vue, que j’imagine. La double fenêtre est fermée à clé et il fait nuit. Je verrai mieux demain matin. Chambre individuelle en room service pour 48h, le temps de l’isolement Covid-19 réglementaire, en vigueur à l’hôpital.
Ensuite, je devrai peut-être rejoindre une chambre double et ma partager avec un autre patient. Peut-être un camarade d’hospit’. La psychiatrie rapproche. Mais pas un copain : les liens tissés ici résistent peu au dehors. Il est même préférable de tout détricoter une fois sorti.
Continuer à lire … « Bons baisers d’hypomanie »
Où la privation n’a d’égale que le constant refus
Où la négation a remplacé l’abnégation
Où le moment de poser toute question importe davantage que la question elle-même et conditionne, surtout, la nature de la réponse
Continuer à lire … « Je vous écris d’ici… »
Neuroleptiques, antipsychotiques, anxiolytiques, hypnotiques, antalgiques… dès la quatrième ligne de prescription, il est fort à parier que vous puissiez imaginer qu’un épisode de « The Walking Dead » a été tourné ici.
Là où je suis, le regard de certains reflète un vide intérieur abyssal qu’aucun comprimé, aucun flacon de gouttes diluées bien que bue jusqu’à la dernière ne peut combler. Plus rien ne vit, plus rien ne vibre, plus rien ne bat. Nul besoin de hache tancheuse de tête ou de pieu fiché dans le cœur. À grands coups de psychotropes. À grands coups de psycho-trop.
Continuer à lire … « 70 centimes de lucidité »
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban, l’avait compris. Alors, à dessein, l’ingénieur, architecte militaire, urbaniste et hydraulicien l’a habilement dessiné. Puis de l’ouvrage organisé la mise en œuvre.
Les citadelles fortifiées protègent des assiégeants notamment ceux qui, avant le siège, y ont trouvé refuge. L’enceinte fortifiée, dès lors, préserve, autant que faire se peut, l’intérieur de l’extérieur. De ses assauts répétés, de ses attaques incessantes, de ses violences continues.
Continuer à lire … « Manifeste de l’enceinte »