Manifeste de l’enceinte

Un côté du monde.

Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban, l’avait compris. Alors, à dessein, l’ingénieur, architecte militaire, urbaniste et hydraulicien l’a habilement dessiné. Puis de l’ouvrage organisé la mise en œuvre.

Les citadelles fortifiées protègent des assiégeants notamment ceux qui, avant le siège, y ont trouvé refuge. L’enceinte fortifiée, dès lors, préserve, autant que faire se peut, l’intérieur de l’extérieur. De ses assauts répétés, de ses attaques incessantes, de ses violences continues.

Quatre siècles plus tard, on n’élève plus de cathédrales ni ne fortifie de citadelles. Mais on ceint les hôpitaux psychiatriques, les asiles d’aliénés, les maisons de fous pour protéger ceux qui y trouvent abri.

La bien-pensance n’est pas le sens commun. Les bien-pensant nous disent bancals, déséquilibrés, dangereux. Fous dangereux, il y en a. Et si ceux-là s’échappent, gaffe : mettez-vous à l’abri, protégez-vous, calfeutrez-vous.

Le fou meurtrier existe bel et bien, je ne le nie pas (pas sûr, néanmoins, que la plaque « Maison sous surveillance » scellée sur les façades des pavillons cossus du voisinage arrête icelui).

La bien-pensance abhorre ce qui déborde, échappe à ses cadres, défait ses règles. Elle impose ses codes normalisés, formalisés, formolisés. À en oublier la richesse de notre différence.

Hors les murs, notre différence fait peur ou sourire. L’on s’en inquiète ou l’on s’en moque. « Pas normal ». Mais quelle est la norme en termes de comportements, d’humeurs, d’émotions, de ressentis ? « Pas comme tout le monde ». Je m’en orgueillis de l’être parce que tout le monde m’ennuie. Me fait sourire, souvent. Me fait peur, parfois.

Et c’est entre les murs que je trouve refuge quand plus rien ne me contient, plus rien ne me contraint. Et que je me protège quand l’extérieur m’assiège. Vauban l’avait compris : la citadelle et son enceinte protègent ceux qui ont su y trouver un abri.

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