
Neuroleptiques, antipsychotiques, anxiolytiques, hypnotiques, antalgiques… dès la quatrième ligne de prescription, il est fort à parier que vous puissiez imaginer qu’un épisode de « The Walking Dead » a été tourné ici.
Là où je suis, le regard de certains reflète un vide intérieur abyssal qu’aucun comprimé, aucun flacon de gouttes diluées bien que bue jusqu’à la dernière ne peut combler. Plus rien ne vit, plus rien ne vibre, plus rien ne bat. Nul besoin de hache tancheuse de tête ou de pieu fiché dans le cœur. À grands coups de psychotropes. À grands coups de psycho-trop.
Rien d’étonnant dès lors à voir ces sans-vie et sans envie converger à intervalles réguliers vers la place centrale de l’hôpital. Là, un bassin marronnasse teinté du rouge de pitoyables carpes. Sous un pin, deux bancs disposés l’un derrière l’autre, comme offerts à des spectateurs dans l’attente du spectacle. Il ne va pas tarder : walking dead is coming.
Les sans-vie n’ont qu’un objectif : atteindre, parfois péniblement, traînant les pieds comme leur âme, la machine à café. Les sans-dents gratteront sans illusion le fond d’une poche, à la recherche de la soixante-dizaine de centimes qui donne droit à l’élixir.
On se fait ici offrir un café (ou toute variante caféinée) comme au-dehors, un verre de grand vin (ici, c’est souvent le grand verre de vin qui aurait eu la préférence, ndla).
Mais ce n’est même pas le café qui est ici adulé. Ni acidulé d’ailleurs, ni doux ni amer. On l’avale sans le goûter pour sa force, sa robustesse et celles qu’on espère qu’il vous conférera. « Offrez-vous un café ». 70 centimes pour un éclair de lucidité. Un flash d’envie. Une étincelle de vie. Avant la cinquième ligne de prescription.