Repérer et diagnostiquer le trouble bipolaire

Le trouble bipolaire est une maladie psychiatrique chronique et récurrente, de présentation clinique et d’évolution très variables, débutant majoritairement chez l’adolescent et l’adulte jeune.

Il s’agit d’un trouble de l’humeur alternant épisode(s) maniaque(s) ou hypomaniaque(s) (exaltation de l’humeur, agitation psychomotrice) et épisode(s) dépressif(s) avec des intervalles de rémission.

Ce trouble complexe est difficile à diagnostiquer, et il s’écoule en moyenne dix ans entre son apparition et la mise en place d’un traitement adapté.

Trouble bipolaire : repérage et prise en charge initiale en premier recours

Classé parmi les 10 pathologies les plus invalidantes selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le trouble bipolaire nécessite une prise en charge tout au long de la vie.

Un repérage diagnostique précoce et une prise en charge adaptée permettent d’améliorer le pronostic de la maladie, lié principalement au risque suicidaire et aux conséquences psychosociales pouvant conduire au statut reconnu de handicap psychique.


Messages clés

  • Le début de la maladie est souvent précoce (entre 15 et 25 ans).
  • Devant tout épisode dépressif, il est recommandé de rechercher des arguments en faveur d’un trouble bipolaire. Il est important de différencier les troubles bipolaires d’un épisode dépressif caractérisé isolé ou récurrent car le traitement et la prise en charge ne sont pas les mêmes.
  • Pour le diagnostic, la rupture avec le fonctionnement psychique antérieur et le caractère épisodique des troubles sont deux notions importantes.
  • L’évaluation du risque suicidaire est primordiale.
  • Devant une tentative de suicide chez un adolescent ou un adulte jeune, il est nécessaire de rechercher un trouble bipolaire.
  • Les adolescents souffrant d’un épisode dépressif et présentant un antécédent familial de trouble bipolaire requièrent une surveillance accrue.
  • Le patient pour lequel un diagnostic de trouble bipolaire est envisagé doit être adressé à un psychiatre pour confirmer le diagnostic, suivre le patient et/ou donner un avis spécialisé en collaboration avec le médecin traitant et avec la famille et les proches. Une collaboration étroite entre le psychiatre et le médecin traitant est indispensable.
  • Envisager l’hospitalisation pour les patients présentant un épisode maniaque ou mixte ou pour tout épisode présentant des critères de sévérité.

Un trouble difficile à diagnostiquer

Le diagnostic du trouble bipolaire est complexe pour différentes raisons. Les différents types d’épisodes ne se manifestent pas de manière équivalente : les épisodes dépressifs sont prédominants et plus nombreux tandis que les épisodes de manie – et surtout d’hypomanie –  peuvent passer inaperçus pour le médecin comme pour le patient qui les subit.

Il s’agit également d’une maladie qui débute précocement et qui peut être associée à d’autres pathologies psychiatriques (addictions, troubles anxieux, troubles des conduites, etc.) ou être confondu avec une schizophrénie, par exemple.


Chez qui y penser

En l’absence d’un épisode maniaque ou hypomaniaque caractérisé, le diagnostic du trouble bipolaire est complexe du fait :

  • d’un début souvent précoce de la maladie (entre 15 et 25 ans) ;
  • de pathologies psychiatriques comorbides (addictions, troubles anxieux, trouble des conduites, etc.) ;
  • de la prédominance des épisodes dépressifs ;
  • des caractéristiques psychotiques fréquemment associées ;
  • de la possibilité de la non-reconnaissance du caractère pathologique des troubles par le patient.

Il faut donc l’évoquer chez un adolescent ou un adulte jeune devant tout épisode dépressif, certaines pathologies psychiatriques (addictions, trouble des conduites, troubles anxieux), tout passage à l’acte suicidaire.



Face à un épisode maniaque inaugural

Un épisode maniaque est principalement caractérisé par :

  • une élévation de l’humeur, une agitation psychomotrice, des idées de grandeur, des insomnies ;
  • des critères de durée (plus d’une semaine) et un retentissement fonctionnel majeur.
  • Un épisode maniaque inaugural permet de poser le diagnostic de troubles bipolaires. Il s’agit d’une urgence psychiatrique nécessitant une hospitalisation.

Face à un épisode dépressif

Face à un épisode dépressif, il est recommandé de rechercher des arguments en faveur d’un trouble bipolaire

Situation 1 : antécédent connu de manie (trouble bipolaire de type I) ou d’hypomanie (trouble bipolaire de type II)
L’association d’un épisode dépressif caractérisé avec un antécédent connu d’au moins un épisode de manie ou d’hypomanie permet de poser le diagnostic de trouble bipolaire.

Situation 2 : Recherche d’hypomanie
En l’absence d’antécédent connu de manie ou d’hypomanie, le diagnostic est difficile. Les épisodes sont souvent de durée brève de faible intensité symptomatique avec moins de répercussions fonctionnelles que dans l’épisode maniaque. En général les patients ne consultent pas pour un épisode d’hypomanie qui passe facilement inaperçu.

La rupture avec le fonctionnement psychique antérieur est une notion importante pour le diagnostic. Il est conseillé d’utiliser le questionnaire « Trouble de l’humeur » (Mood Disorder Questionnaire), qui est un outil de repérage des hypomanies conçu dans le cadre du repérage en premier recours.

Interprétation

Le questionnaire est positif :

  • Si 7 symptômes positifs ou plus sont cochés.
  • Et sont survenus au cours de la même période.
  • Et ont causé des problèmes modérés ou sévères.

Le recours aux informations auprès des proches avec l’accord du patient adulte est indispensable pour rechercher les antécédents d’hypomanie et caractériser les symptômes.

Situation 3 : Recherche d’indicateurs de bipolarité
Il est recommandé de rechercher les indicateurs permettant de suspecter une évolution possible vers une bipolarité.

Les indicateurs de bipolarité en premier lieu sont :

  • une survenue précoce de dépression avant 25 ans ;
  • des antécédents d’épisodes dépressifs et multiples (trois ou plus) ;
  • des antécédents familiaux connus de trouble bipolaire ;
  • un épisode dépressif avec ou sans caractéristiques psychotiques, survenant dans le post-partum ;
  • des caractéristiques atypiques de l’épisode dépressif telles qu’une hyperphagie, une hypersomnie ;
  • des caractéristiques psychotiques congruentes avec l’humeur ;
  • une réponse atypique à un traitement antidépresseur (non-réponse thérapeutique ; aggravation des symptômes ; apparition d’une agitation ; apparition de notion d’hypomanie même brève) ;
  • un épisode de manie ou un virage maniaque sous traitement par antidépresseur, qui suffisent pour diagnostiquer un trouble bipolaire.

Les indicateurs de bipolarité en deuxième lieu sont :

  • certaines particularités de l’épisode dépressif : agitation, hyperréactivité émotionnelle, irritabilité, avec des débuts et des fins abrupts, sans facteur déclenchant identifié ;
  • une suicidalité (passage répété à l’acte suicidaire par des moyens violents) ;
  • des passages à l’acte délictueux, des conduites sexuelles à risque.

Cas particuliers

Épisode mixte
Des symptômes dépressifs et des symptômes de manie peuvent coexister et sont classiquement nommés « épisodes mixtes ». Ils font partie du diagnostic de trouble bipolaire. Les nouvelles classifications parlent d’épisode maniaque ou dépressif avec caractéristiques mixtes. Ce diagnostic est difficile. Le risque suicidaire est majeur. Il requiert l’avis en urgence d’un psychiatre.

Le post-partum
Un épisode dépressif ou une psychose puerpérale peuvent être l’épisode inaugural d’un trouble bipolaire débutant dans le post-partum.

Devant une addiction
Devant une addiction (alcool, toxicomanie, etc.), il est recommandé de rechercher un éventuel trouble bipolaire (de même devant des conduites délictueuses).


Sources : Patient avec un trouble bipolaire : repérage et prise en charge initiale en premier recours, Haute Autorité de Santé ; Troubles bipolaires : diagnostiquer plus tôt pour réduire le risque suicidaire, Haute Autorité de Santé ; Fiche mémo « Trouble bipolaire : repérage et prise en charge initiale en premier recours » ; « Trouble de l’humeur » (Mood Disorder Questionnaire)

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