La bipolarité est une maladie grave et invalidante qui touche entre un et deux millions de personnes en France. Qu’est-ce que la bipolarité ? Comment reconnaître les troubles bipolaires ? Quels en sont les symptômes ? Comment les soigner ?

Dans l’émission Grand Bien vous fasse, Ali Rebeihi, entouré de l’auteure d’un documentaire « Troubles bipolaires, d’un extrême à l’autre », et de deux psychiatres a fait le tour de la question.
Entre marée et tsunami
Entre des variations normales d’humeurs et la bipolarité, c’est comme entre la marée et le tsunami. On a tous une humeur en dents de scie, mais les variations du bipolaire sont plus hautes (pour les phases d’excitations intenses qui peuvent aller jusqu’à des phases délirantes) et plus basses pour les phases de dépressions encore plus tristes, plus mélancoliques.
Autres caractéristiques de la maladie : ces variations durent dans le temps. Alors que le communs des mortels pourra être joyeux le matin, et triste l’après-midi, la personne bipolaire voit son humeur durer plusieurs jours.
Quels sont les symptômes ?
Si l’on parlait par le passé de l’apparition de la maladie vers 25/35 ans, on s’est depuis rendu compte que l’on passait souvent à coté de dépistage plus précoce parce qu’on confond parfois manifestation du trouble bipolaire avec « crise d’adolescence ».
Les symptômes peuvent en effet apparaître dès le début de l’adolescence avec des troubles du sommeil ou du contrôle des émotions, accompagnés d’une réactivité un peu trop forte. Souvent une première dépression inaugure la maladie dans 60 % des cas. Entre l’apparition de ces symptômes et leur traitement, il peut s’écouler 8 à 9 ans.
Lors d’épisodes de « manie » : on assiste à des troubles du sommeil (qui disparaît) accompagnés d’un tournoiement des idées dans la tête (ou tachypsychie). Le malade tient un discours extrêmement abondant et développe des idées dans le registre de la toute-puissance (la mégalomanie) tout en ayant un comportement très agité.
A la suite de l’épisode maniaque, succède forcément l’épisode dépressif car le cerveau n’est pas fait pour être en surrégime.
Bipolaires aujourd’hui, maniaco-dépressifs hier
Jusque dans les années 1980, on parlait de maniaco-dépression : l’alternance cyclique des deux phases pathologiques : « la manie » qui vient du grec qui signifiait l’agitation, le délire, et la dépression qui vient du latin et évoque la décroissance du système nerveux. Mais les personnes atteintes jugeaient l’expression stigmatisante. On a donc pris le terme anglo-saxon : « bipolar disorder ». Mais ce terme est moins significatif.
L’image de la maladie évolue
C’est d’abord l’actrice Catherine Zeta-Jones qui a annoncé publiquement sa maladie, et maintenant dans les séries, être bipolaire est presque à la mode.
Aborder la psychiatrie à travers le prisme de la pop culture. Tel est le pari de Jean-Victor Blanc, médecin psychiatre à l’hôpital Saint-Antoine à Paris. Ou comment films et séries représentent, plus ou moins fidèlement, les troubles psychiques.
Avant on parlait de l’apparition de la maladie dans la tranche vers 25/35 ans. Aujourd’hui on s’est rendu compte qu’on passait souvent à coté de dépistage plus précoce parce qu’on confond parfois avec la crise d’ado.
Comment soigner la bipolarité ?
Une partie des soins vient de l’acceptation du diagnostic.
La première phase incontournable est la mise en place d’un traitement médicamenteux pour soigner les crises. Et à prévenir leur rechute. Le lithium reste le médicament de référence pour la prévention sur le long terme de ces rechutes. On utilise aussi certains médicaments stabilisateurs de l’humeur sur le long terme des médicaments épileptiques ou neuroleptiques qu’on appelle aujourd’hui anti-psychotiques. Parfois on va mettre un peu de temps pour trouver les bons dosages.
Dans un deuxième temps, on met en place des approches psychothérapeutiques, psychosociales qui aujourd’hui sont très diversifiées : cognitives et comportementales, chronobiologiques, méditation de pleine conscience qui aide à gagner en qualité de vie.
FAQ
• Les troubles bipolaires, maladie mortelle. La « suicidalité » des bipolaires est très forte : un malade sur deux fera une tentative mais se ratera moins que le reste de la population psychiatrique. Et comme les épisodes d’excitation laissent des traces dans le cerveau, l’espérance de vie est diminuée d’une dizaine d’années.
• Une maladie génétique ? Oui et non. Non, ce n’est pas un gène particulier qui implique la maladie. Mais oui, c’est une maladie plurifactorielle qui implique plusieurs facteurs de vulnérabilité dont des facteurs génétiques.
• Une hypothèse immuno-inflammatoire ? Jusque dans les années 1970, on pensait que les troubles bipolaires étaient un problème de sérotonine et de dopamine… d’où un développement des psychotropes efficaces. Dorénavant, on penche plutôt pour une explication immuno-inflammatoire. On a constaté que dans ces maladies mentales comme la dépression et la schizophrénie il y avait des perturbations, des inflammations.
L’inflammation, c’est la réaction normale de l’organisme à une agression physique, biologique ou psychique. Un psychotraumatisme peut créer une inflammation dans le corps, et le corps se défend, répond. Par ailleurs des personnes traitées pour l’hépatite (inflammation du foie) pouvaient déclencher des dépressions caractérisées. La recherche s’oriente vers ces pistes nouvelles.
• Microbiote et trouble bipolaire. Depuis 2009, on analyse mieux les bactéries de notre système digestif. Chez les rats, on a constaté qu’ils développaient des troubles psychiatriques s’ils n’avaient pas de bactéries dans leur tube digestif. Et dès qu’on leur en donne, les troubles disparaissent. C’est donc très encourageant pour l’être humain.
► Écoutez l’émission Grand bien vous fasse consacrée aux troubles bipolaires, avec les psychiatres Marc Masson et Guillaume Fond et la journaliste Cécile Tartakowsky, réalisatrice du documentaire Troubles bipolaires, d’un extrême à l’autre (France 5).