Le trouble bipolaire se caractérise par des sautes d’humeur extrêmes, allant de graves dépressions à des périodes de manie, caractérisée par une grande activité, un débordement d’énergie et d’euphorie.
Pour le malade, cela se traduit par une alternance très aléatoire de phases dépressives, maniaques, parfois mixtes (les plus dangereuses, car les plus à risque de suicide), au mieux neutres.
Un peu d’histoire
On retrouve les premières traces de la manie et de la dépression au Ve siècle avant J.-C. à l’époque d’Hippocrate, premier à en établir une description qui soit parvenue jusqu’à nous : la transformation de la mélancolie (du grec « melas kholé » ou bile noire) en folie (« mania » en grec).
C’est seulement en 1854 que deux psychiatres français, Falret et Baillarger, indépendamment l’un de l’autre, regroupent ces deux états en une même maladie : « folie circulaire » pour le premier, « folie à double forme » pour le second.Il faudra attendre 1899 pour qu’un médecin allemand, Kraepelin, décrive la conception moderne et actuelle de la maladie maniaco–dépressive (ou « folie maniaco-dépressive »), dont le nom sera véritablement énoncé pour la première fois en 1907 par Deny et Camus.
Dans les années 1960, on établit la distinction entre maladie bipolaire et maladie unipolaire dans laquelle ne surviennent que des épisodes dépressifs.
Au cours des deux dernières décennies, les travaux de recherche se sont multipliés aboutissant à de nouvelles classifications internationales notamment la « classification internationale des maladies» (CIM ou ICD) et le « diagnostic and statistical manual of mental disorders » (DSM) aux États-Unis, et à de nouvelles dénominations (troubles bipolaires I, II, III). L’une des classifications les plus utilisées est le DSM IV qui figure en annexe.
La dépression
« Déprimer », étymologiquement, signifie « rabaisser ». La dépression est l’abaissement de l’humeur. Un épisode de dépression est caractérisé principalement par une grande tristesse de l’humeur, une perte de l’élan vital et un ralentissement psychique et moteur pendant une durée d’au moins 15 jours.
Les symptômes nécessaires au diagnostic du trouble bipolaire sont les suivants :
- L’état psychique est nettement modifié par rapport au fonctionnement habituel, s’accompagnant d’une souffrance et d’une gêne importante dans la vie quotidienne.
- L’humeur est triste et dépressive (« cafard », démoralisation, douleur morale…).
- On constate une perte d’intérêt et de plaisir (anhédonie) pour les activités habituelles.
- On observe le plus souvent un important ralentissement se traduisant par une grande lenteur, signe du manque d’énergie et d’entrain, qui rend insurmontables les tâches du quotidien. Parfois, au contraire, l’anxiété entraîne agitation fébrile et incapacité à rester en place.
- Au plan intellectuel on observe des troubles de la concentration et des troubles de la mémoire, les patients se plaignant de ne plus trouver leurs mots, d’une grande fatigabilité pour des efforts minimes comme lire ou soutenir une conversation.
- Très fréquentes sont les idées péjoratives sur soi même : auto-critiques et auto-accusations, alimentant une grande culpabilité vis-à-vis de l’entourage dont on se sent indigne.
- Les idées suicidaires sont fréquentes.
- Corps et esprit s’unissent dans la douleur : le sommeil et l’appétit sont troublés alors que la libido s’effondre…
D’autres symptômes peuvent être présents chez certains patients :
- anxiété plus ou moins intense et permanente souvent présente dès le réveil, et s’atténuant au cours de la journée, notamment dans la soirée,
- symptômes dits « fonctionnels » : maux de tête, douleurs diffuses ou localisées, troubles digestifs,
- troubles du caractère : irritabilité, agressivité, crises de colère, susceptibilité exacerbée, hypersensibilité au rejet
- repli sur soi, évitement des autres et des contacts,
- conduites d’alcoolisation ou autres prises de toxiques.
- En dehors de toute prise en charge, l’évolution d’un épisode dépressif est variable, mais une amélioration spontanée du trouble bipolaire survient classiquement en 6 à 9 mois.
- La mélancolie est une forme particulière de dépression, caractérisée par l’intensité de la tristesse et de la douleur morale du patient qui éprouve un malaise permanent. Le patient se sent indigne de vivre, refuse de s’alimenter. Parfois, la mélancolie s’accompagne de signes délirants avec des idées de culpabilité, de ruine, d’incurabilité (« cela n’ira jamais mieux ») jusqu’aux hallucinations qui font entendre au patient des voix l’insultant, le couvrant d’insanités ou qui lui font respirer des odeurs désagréables.
- Les idées suicidaires souvent dissimulées et déterminées sont fréquentes avec parfois des passages à l’acte grave.
- La mélancolie est une urgence thérapeutique nécessitant des soins appropriés dans un milieu protégé.
- Au maximum on observe une forme stuporeuse de mélancolie : le syndrome catatonique, le patient se figeant alors telle une statue. Le traitement par sismothérapie en urgence est alors indiqué en première intention.
La manie
En grec la « manie » est synonyme de « folie ». En français, dans la langue de tous les jours la manie souligne l’excès : mélomane qui aime la musique à l’excès, maniaque qui se fixe sur les détails…
Au sens psychiatrique l’accès maniaque se caractérise par un état d’excitation psychique et motrice avec exaltation de l’humeur et mégalomanie. L’accès maniaque survient de manière brusque mais peut être précédé d’une phase d’intensité modérée qu’on appelle « hypomanie ».
On n’identifie pas toujours de facteurs favorisant l’éclosion d’un tel accès. Si l’on retrouve parfois des éléments stressants comme des chocs émotionnels, des conflits affectifs, des affections somatiques ou des deuils dans les jours ou les semaines précédant son apparition, ces éléments peuvent n’être considérés en fait que comme de simples catalyseurs chez des individus présentant déjà une certaine vulnérabilité.
- Classiquement le premier symptôme est l’insomnie, diminution du besoin de sommeil sans fatigue.
- L’humeur est rapidement changeante, une jovialité ludique, expansive et euphorique alterne avec des moments d’irritabilité où le patient donne l’impression de se fâcher ou peut éclater en sanglots. On dit qu’il passe du rire aux larmes, signe de labilité émotionnelle.
- L’excitation psychique se traduit par une accélération de la pensée (tachypsychie), du flux de paroles (logorrhée). Les idées fusent, les projets sont multiples, grandioses et inadaptés, rarement menés à leur terme. Le discours passe du coq à l’âne.
- Le contact avec les autres est facile et familier, se traduisant par une grande communicabilité et une capacité étonnante à détecter et à réagir aux attitudes d’autrui (hypersyntonie).
- Désinhibé, le patient chante au milieu de ses phrases, fait des plaisanteries caustiques, osées, des jeux de mots faciles, des calembours.
- L’agitation motrice est marquée, le patient ne tient pas en place, se lève brutalement, déambule. L’hyperactivité est stérile, désordonnée.
- La tenue est débraillée, fantaisiste, parfois extravagante. Le visage est hyper-expressif, sans cesse agité de mouvements, empreint de théâtralisme.
- Les accès maniaques typiques comportent toujours une certaine mégalomanie, avec idées de grandeur et surestimation par le sujet de ses propres capacités et de son importance, à l’origine notamment de projets grandioses.
- Le corps vit cet état d’excitation intense : l’insomnie est à peu près totale, sans que le patient n’éprouve la moindre fatigue ; la faim et la soif sont souvent intenses, sans prise de poids. Parfois, au contraire, par manque de temps ou désintérêt le sujet ne s’alimente plus, entraînant perte de poids voire déshydratation…
- L’euphorie et la désinhibition conduisent le sujet à se lancer dans des activités à risque par ludisme, ou par méconnaissance du danger : conduites sexuelles désordonnées et à risque, conduite automobile à pleine vitesse, voyage imprévu, dépenses inconsidérées, agitation sur la voie publique.
- Dans la manie délirante la mégalomanie atteint le niveau de conviction délirante, aucun raisonnement ni aucune argumentation ne peut l’ébranler. Le patient éprouve des sentiments de grandeur, de toute-puissance ou de mission à accomplir, les thèmes érotiques sont fréquents, ainsi que les intuitions prophétiques.
Les rechutes
Dans le trouble bipolaire, une rechute est définie comme le retour d’une dépression ou d’un épisode maniaque ou hypomaniaque après une période de bien-être. Parfois, il est possible de prédire une rechute; souvent ce n’est pas le cas. Pour beaucoup, l’apparition d’une rechute semble sortir de nulle part.
Les recherches montrent que les personnes atteintes de trouble bipolaire II sont plus susceptibles de rechuter que celles atteintes de trouble bipolaire I et qu’il est beaucoup plus courant de rechuter dans la dépression que dans la manie ou l’hypomanie. Il est important de se rappeler que le trouble bipolaire est une maladie complexe et chronique et qu’il n’est pas honteux de ne pas pouvoir “contrôler” la possibilité d’une rechute.
Le mot « rechute » est tristement chargé de connotations négatives. De nombreuses personnes assimilent la rechute à un échec, surtout si elles font tout ce qui est «juste» pour gérer et surveiller leur maladie, mais en tout cas vivre un épisode. Le sentiment d’échec qui accompagne souvent une rechute peut être dévastateur et compliquer encore davantage la tâche de former et de suivre une stratégie visant à rester en bonne santé.
Source : troubles-bipolaires.com ; Les troubles bipolaires à travers les siècles ; Trouble bipolaire : Ce que vous devez savoir sur la rechute.
2 réflexions sur « Dépression et manie, facettes du trouble bipolaire »