Au cours des deux dernières décennies, les travaux de recherche se sont multipliés aboutissant à de nouvelles classifications internationales notamment la « classification internationale des maladies» (CIM ou ICD) et le « diagnostic and statistical manual of mental disorders » (DSM) aux États-Unis, et à de nouvelles dénominations (troubles bipolaires I, II, III). L’une des classifications les plus utilisées est le DSM IV.

Les bipolaires de type I étaient jadis diagnostiqués maniaco-dépressifs. Ils alternent les phases maniaques aigües délirantes et les phases de dépression profondes. Des « délires » qui pourront chez certains se traduire par des dépenses compulsives. C’est ce que raconte le gestionnaire de fortune Jean Albou, figure de l’art contemporain, bipolaire, qui lors d’une crise maniaque en 2007, bascula totalement, se ruina, laissant derrière lui des dettes de plusieurs millions d’euros…
Les bipolaires « type II » sont moins reconnaissables. Les phases d’excitation sont dites hypomaniaques car plus discrètes. Elles sont donc difficiles à repérer. Les personnes souffrant de ce trouble sont souvent d’ailleurs bien intégrées. Ce n’est que quand survient la dépression qu’elles sont traitées. Ce qui pose un sérieux problème, car soigner un trouble bipolaire uniquement avec des antidépresseurs peut aggraver la maladie.
Les spécialistes ont ainsi détecté toute une catégorie de troubles, les type III : « Ce sont des formes révélées par les antidépresseurs, alors qu’elles auraient dû être traitées ou associées à des régulateurs d’humeurs. »
Les types IV correspondent aux troubles cyclothymiques.
Quant aux type V, ils correspondent à un profil de patients hyperactifs. Ils restent en permanence en phase d’excitation. Ce sont souvent des personnes avec d’importantes responsabilités dans leur travail, qui vivent à 100 à l’heure. Et sont donc rarement diagnostiqués comme tels… sauf lorsqu’ils tombent en dépression, ce qui peut leur arriver à tout moment.
Les troubles bipolaires selon le DSM IV
Le DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) est le manuel de référence qui classifie et catégorise des critères diagnostics. Concernant les troubles bipolaires, les critères sont les suivants. Deux types de trouble bipolaire sont distingués.
Le trouble bipolaire I
Il est essentiellement caractérisé par la survenue d’un ou de plusieurs épisodes maniaques ou épisodes mixtes. Les sujets ont souvent également présenté un ou plusieurs épisodes dépressifs majeurs.
Le trouble bipolaire I est considéré comme récurrent soit car il existe une inversion de la polarité de l’épisode soit par un intervalle d’au moins deux mois sans symptômes maniaques entre les épisodes. Une inversion de la polarité est définie par l’évolution d’un épisode dépressif majeur vers un épisode maniaque ou l’évolution d’un épisode maniaque vers un épisode dépressif majeur.
Trouble bipolaire non spécifié
S’il existe une alternance très rapide (sur quelques jours) de symptômes maniaques et dépressifs, qui ne répondent pas aux critères de durée d’un épisode maniaque ou d’un épisode dépressif majeur, le diagnostic est celui d’un trouble bipolaire non spécifié.
Le trouble bipolaire II
Il est essentiellement caractérisé par la survenue d’un ou de plusieurs épisodes dépressifs majeurs accompagnés d’au moins un épisode hypomaniaque.
L’existence d’un épisode maniaque ou mixte exclut le trouble bipolaire de type II. Les sujets présentant un trouble bipolaire de type II peuvent ne pas ressentir les épisodes hypomaniaques comme pathologiques. Les informations provenant d’autres informateurs (proches, famille) sont souvent très importantes pour établir un diagnostic.
L’épisode maniaque
Un épisode maniaque est défini comme une période nettement délimitée d’élévation de l’humeur ou d’humeur expansive ou irritable. Cette période doit durer au moins une semaine ou moins si une hospitalisation est nécessaire. Au moins 3 des symptômes suivants doivent être présents (4 symptômes si l’humeur est seulement irritable).
- Augmentation de l’estime de soi ou idées de grandeur.
- Réduction du besoin de sommeil.
- Plus grande communicabilité que d’habitude ou le désir de parler constamment.
- Fuite des idées ou sensations subjectives que les pensées défilent.
- Distractibilité (l’attention est trop facilement attirée par des stimuli extérieurs sans importance ou insignifiants).
- Augmentation de l’activité orientée vers un but (social, professionnel, scolaire ou sexuel) ou agitation psychomotrice.
- Engagement excessif dans les activités agréables mais à potentiel élevé de conséquences dommageables (par exemple, la personne se lance sans retenue dans des achats inconsidérés, des conduites sexuelles inconséquentes ou des investissements commerciaux déraisonnables).
- Les symptômes ne répondent pas aux critères d’un épisode mixte.
- La perturbation de l’humeur est suffisamment sévère pour entraîner une altération marquée du fonctionnement professionnel, des activités sociales, ou des relations interpersonnelles, ou pour nécessiter l’hospitalisation afin de prévenir les conséquences dommageables pour le sujet ou pour autrui ou bien, s’il existe des caractéristiques psychotiques.
- Les symptômes ne sont pas dus aux effets physiologiques directs d’une substance (donnant lieu à un abus, médicament) ou d’une affection médicale généralisée (hyperthyroïdie).
L’épisode dépressif majeur
A. Au moins cinq des symptômes suivants doivent avoir été présents pendant une même période d’une durée de deux semaines et avoir représenté un changement par rapport au fonctionnement antérieur ; au moins un des symptômes est soit une humeur dépressive, soit une perte d’intérêt ou de plaisir.
1) Humeur dépressive présente pratiquement toute la journée, presque tous les jours, signalée par le sujet (p. ex. pleure). NB. Éventuellement irritabilité chez l’enfant et l’adolescent.
2) Diminution marquée de l’intérêt et du plaisir pour toutes ou presque toutes les activités pratiquement toute la journée, presque tous les jours (signalée par le sujet ou observée par les autres).
3) Perte ou gain de poids significatif en l’absence de régime (p. ex. modification du poids corporel en 1 mois excédant 5 %), ou diminution ou augmentation de l’appétit presque tous les jours. NB. Chez l’enfant, prendre en compte l’absence de l’augmentation de poids attendue.
4) Insomnie ou hypersomnie presque tous les jours.
5) Agitation ou ralentissement psychomoteur presque tous les jours (constatés par les autres, non limités à un sentiment subjectif de fébrilité ou de ralentissement intérieur).
6) Fatigue ou perte d’énergie presque tous les jours.
7) Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée (qui peut être délirante) presque tous les jours (pas seulement se faire grief ou se sentir coupable d’être malade).
8) Diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrer ou indécision presque tous les jours (signalée par le sujet ou observée par les autres).
9) Pensées de mort récurrentes (pas seulement une peur de mourir), idées suicidaires récurrentes sans plan précis ou tentative de suicide ou plan précis pour se suicider.
B. Les symptômes ne répondent pas aux critères d’épisode mixte.
C. Les symptômes traduisent une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel, ou dans d’autres domaines importants.
D. Les symptômes ne sont pas imputables aux effets physiologiques directs d’une substance (p. ex. une substance donnant lieu à abus, un médicament), ou d’une affection médicale générale (p. ex. hypothyroïdie).
E. Les symptômes ne sont pas expliqués par un deuil, c’est-à-dire qu’après la mort d’un être cher, les symptômes persistent pendant plus de 2 mois ou s’accompagnent d’une altération marquée du fonctionnement, de préoccupations morbides, de dévalorisation, d’idées suicidaires, de symptômes psychotiques ou d’un ralentissement psychomoteur.
L’épisode mixte
Les critères sont réunis à la fois pour un épisode maniaque et pour un épisode dépressif majeur (à l’exception de la durée) et cela presque tous les jours pour une semaine.
La perturbation de l’humeur est suffisamment sévère pour entraîner une altération marquée du fonctionnement professionnel, des activités sociales ou des relations interpersonnelles ou pour nécessiter l’hospitalisation afin de prévenir les conséquences dommageables pour le sujet ou pour autrui, ou s’il existe des caractéristiques psychotiques.
Les symptômes ne sont pas dus aux effets physiologiques directs d’une substance donnant lieu à abus, médicament) ou d’une affection médicale générale (hyperthyroïdie).
Sources : troubles-bipolaires.com ; Comment reconnaître une personne bipolaire ?, L’Obs ; Les troubles bipolaires selon le DSM IV, Médecine des Arts.
3 réflexions sur « Bipolarité : les grands types »